mardi 18 septembre 2012
Montréal sous la pluie
jeudi 30 août 2012
Cap sur Belle Isle
vagues, des nuages à perte de vue, le ciel et ses étoiles. Depuis notre
départ de la France, il y a maintenant un mois, nous avions très rarement
eu droit au spectacle d'un coucher de soleil ou encore à celui d'une nuit
d'étoiles. Enfin ici, je me sens sur l'océan et pourtant nous ne sommes
qu'à 35 miles nautiques à l'est des cotes labradoriennes.
Aujourd'hui, nous avons vu quelques dauphins nager autour de nous, courir
sous la coque et passer devant l'étrave rapidement pour ensuite disparaitre
dans les profondeurs de l'océan. L'eau est si claire et limpide qu'on peut
deviner leurs petits yeux sous la surface à quelques pieds plus bas. À
chaque fois, le spectacle est excellent!
Le vent a pour sa part décidé de nous donner un peu de puissance, lui qui
s'était tu depuis le passage de la dépression cette semaine, après avoir
soufflé sur nous des rafales à 35 nœuds, il s'était ensuite calmé très
doucement pour donner du 4, 5… 6 nœuds et nous laisser d'autre choix que
d'utiliser l'engin mécanique à diesel qui nous permet d'avancer quand le
vent boude nos voiles.
Cette semaine, petit bémol à bord : le pain a disparu! Durant nos courses à
Nuuk, après avoir été chez le boulanger et avoir soigneusement choisi de
beaux pains frais, on a oublié le sac à pain sur comptoir caisse au marché…
Merci à Claire de nous avoir fait parvenir une recette de pain. Les jours
calmes de cette semaine m'ont donc permis de tester une recette de pain au
presto… et sans levure! Je vous laisse imaginer le résultat…
Bientôt donc, à nous la découverte de notre merveilleux Saint-Laurent et
les provinces maritimes. Dans moins de 125 miles nautiques; le détroit de
Belle Isle et ensuite le village de L'Anse-au-Medows situé à la pointe
Nord-est de Terre-Neuve avec ses vestiges de villages Vikings!
À suivre…
mercredi 22 août 2012
Nuuk, Nuuk, Nuuk!!!!
Surexcitée. J'étais surexcitée! En me levant ce matin, j'entendais des grues et des machines, des camions juste au port à coté… la ville quoi! Nuuk : 16 000 habitants et on l'espérais tant; autant de sourires, du bon café et des réseaux sans fil!
Pas que j'aime la ville plus que la mer mais depuis Quakartoq, comme on n'a pas eu beaucoup accès à la civilisation, j'étais vraiment impatiente à revoir la vie grouiller partout autour de nous. Arrivés la nuit dernière, encore dans un brouillard à tailler au couteau, ce n'est que ca matin qu'on a pu découvrir Nuuk. Nous nous sommes levés ce matin dans l'attente de rencontrer les douanes… après deux heures d'attente; Rien. Impatiente, j'ai marché sur les baleiniers à l'épaule, visité le quai de son extrémité à la guérite de sécurité en barbelés.
La vielle, lors de notre visite à Ravns Storø, camp de pêche abandonné par des pécheurs des Îles Faroés, à bout de quelques manœuvres on a réussis à amarrer Namasté à un vieux quai chancelant. Jean et Antoine sont partis à la découverte des vieilles cabanes abandonnées, de notre coté, Fanny et moi, sommes parties à l'assaut des monticules et des vallées. Après avoir atteint le sommet d'une tour de communication. Je me la suis jouée telle une espionne dans un long métrage de James Bond en inspectant une zone interdite. L'endroit abritait les bâtiments d'un relai radio avec ses écriteaux et avertissements à la soviétique partout. Autour des bâtisses mal entretenues, il y avait deux pistes d'atterrissage à hélico, des génératrices, des bâtiments vandalisés, des batteries et du matériel sans dessus dessous. C'était glauque, comme si ca avait été laissé après un attenta…
Durant notre balade, le lichen était toujours aussi accueillant sous nos pieds et les bleuets aussi savoureux bien qu'en moins grande quantité qu'à Paamiut, village visité la vieille. C'est toujours aussi surprenant à nos yeux qu'aucun mammifère ne semble profiter de l'énorme quantité de fruits présents ici. Bien qu'on ait aperçu quelques chèvres de montagnes depuis notre arrivé en sol Danois, leur absence impressionne autant que la quantité de fruits sauvage présents. Après avoir usé nos voix pour entendre notre écho au creux des montagnes vides et vacantes, on a entendu Antoine à l'aide. Namasté s'était retrouvé mal en point suite à la marée montante et donc prise au piège en dessous du quai inhospitalier.
Nuuk, c'est très beau. Dépaysement total!
lundi 20 août 2012
Compte rendu Groenlandais
découvrir d'autres villages. Narsaq a cependant été beaucoup moins
accueillante que le premier village. Souriants, on recevait l'information
qui vantait Qaqortoq comme étant la ville la plus mignonne du Groenland.
C'est avec regret que j'y repense aujourd'hui, car selon nous, c'était bien
vrai! Quqortoq était vraiment très belle avec toutes ses petites maisons
multicolores, ses chemins escarpés entre les propriétés, ses petits
commerces, son église et son joli cimetière…
Un petit détour de quelques heures depuis Narsaq nous a permis d'aller voir
la calotte glaciaire de très près. En avançant entre les glaciers, cette
journée là, j'étais très heureuse de barrer. Après les quelques mises au
point faites la veille avec l'équipage, c'était mon meilleur moment depuis
Noirmoutier. Mon bonheur a atteint son comble après que le capitaine eu
proposé de descendre sur un glacier. En déposant nos pieds sur cette énorme
structure de glace, j'avais quelques doutes… est-ce qu'on peut glisser dans
les petits canaux de glace au travers, est-ce qu'on peut se revirer, tomber
dans l'eau? Sous mes pieds, je ressentais la fraicheur de la glace, je
sentais le mouvement du glacier sur l'eau, je sentais les clapotis de Namasté
qui tournait autour de nous pour faire des images. C'était vraiment magique
d'être là, sur cet énorme bloc et glace et de partager ce moment là avec
Fanny et Antoine.
Après plus de 34 heures de navigation dans un brouillard à tailler au
couteau et une nuit à faire nos quarts en double pour bien appercevoir les
glaciers et leurs petits, on a enfin atteint Paamiut. Trois Inuits curieux
nous observaient à partir du ponton plus haut. Après quelques échanges
maladroits pour tenter de converser avec nous et répondre à nos questions
au sujet du village, les seuls mots que nous avons retenus de leur discours
étaient : « Mini McDo » accompagnés d'une direction. Cheezeburgers! Loin
d'être une filiale de la chaine, le petit restaurant nous a servi bien
difficilement le sandwich végétarien que Jean avait tant de mal à leur
expliquer.
Après quoi Fanny et moi avons passé deux heures à gravir et descendre des
monticules et des vallées autour du village pour apercevoir l'horizon dans
la brume. Jamais je n'avais senti une végétation aussi luxuriante et riche
sous mes pieds. Que du lichen, des baies, de tous petits arbustes, de la
mousse et des bleuets. On est au pays vert, j'oubliais! J'avais peine à ne
pas marcher sur des fruits mais à la quantité présente au mètre carré, c'
était impossible de ne pas les écraser sous nos pas. En étant très attentive,
j'entendais et je sentais les fruits éclater sous la pression de mes pieds.
Pour étancher la soif, il suffisait de quelques secondes pour prendre une
poignée de baies sauvages et se sentir rassasiée.
Depuis très tôt ce matin, nous faisons route vers Ravns Storø pour aller à
la découverte d'un village abandonné par des pêcheurs des Îles Faroés.
Demain, nous ferons route vers Nuuk où une civilisation devrait nous
accueillir avec une connexion Internet, un téléphone public, une douche, un
épicier et peut-être même une boutique de sport qui me permettra de
trouver ce qui manque à mon équipement pour me tenir plus au chaud. Parce
que plus on monte vers le nord… plus j'aurai besoin de me couvrir moi qui a
déjà très froid!
lundi 13 août 2012
=?utf-8?Q?quart de nuit glac=C3=A9e?=
installée dans mon sac de couchage, comme dans un cocon, zippée jusqu'au
menton, j'avais enfin bordé le collet autour de mon visage d'une façon
quasi parfaite pour y conserver toute ma chaleur. J'avais l'impression d'
être réveillée depuis seulement quelques minutes mais en fait j'y rêvassais
depuis deux longues heures et là, il fallait me lever pour retrouver le
cockpit. Triste.
À l'extérieur, Jean m'attendait avec 25 nœuds de vent et deux ris à
prendre. Un ris dans le génois et un second dans la Grand-voile. Manœuvres
à mi-éveillée. Au même moment où Jean, à l'avant, me fait signe de choquer
la drisse, une vague énorme l'a atteint sur le pont. Béate devant ce
spectacle, prise au piège par la lenteur de mon esprit fatigué, n'imaginant
pas la suite, la vague me rejoignait aussi rapidement par le pont à
tribord. Bottes, gans et salopettes pleines d'eau, maintenant bien
réveillée, c'est saisie par le choc que j'ai commencé mes manœuvres.
En voyant Jean revenir dans le cockpit tout trempé, j'étais embêtée par mon
état mais vu sa situation, j'ai oublié le projet de me faire bouillir une
chaude chicoré. Bientôt glacée, j'ai écouté Jean me donner ses instructions
précises. Nouvelle tâche assez préoccupante à l'approche du Groenland; voir
aux bourguignons et aux icebergs. Nous sommes définitivement dans une zone
très dangereuse. « Ok Jean, mais qu'est ce que ca fait un bourguignon à
part de m'ouvrir l'appétit? » Les bourguignons sont les petits de l'
iceberg, des dangereux glaçons qui devraient nous apparaitre par troupeaux
et qui pourraient même faire une voie d'eau s'ils venaient à percuter la
coque. En réponse à ma question quant à leur taille, Jean y est allé d'une
comparaison aussi insolite qu'inattendue « C'est gros comme une petite
voiture » en terminant avec « et ca va avancer très vite avec ce vent, donc
si t'en aperçois, tu vires pour éviter. »
Perplexe et congelée, j'ai entamé mon quart à la barre en ayant retenu le
nécessaire : je verrais ces bour-gui-gnons, gros comme des petites
voitures, foncer sur nous par tribord… humm. J'ai alors balayé des yeux la
zone dangereuse et bien visible à cette heure là; une superficie jusqu'à
environ 2 miles nautiques au nord et ce sur le prochain mile devant.
J'ai vu des vagues se casser à tout rompre sur la coque et sur le pont, j'
ai vu le bateau refuser de rester en travers du vent, j'ai vu l'anémomètre
monter à 27, j'ai vu des tons de turquoise apparaître dans la crête des
vagues avant de voir les vagues se casser sur elles-mêmes, j'ai enfin vu le
soleil se lever dans une mer moins agitée, j'ai vu bien des vagues mais
rien en elles ne pouvait ressembler ni à une voiture, ni a un quelconque
glaçon.
Malgré mon état d'hypothermie avancée, j'étais heureuse de laisser l'
équipage petit-déjeuner pour m'assurer un relai disposé avant de rentrer
manger et faire un cocon de moi sur ma bannette. Après 5h au poste à
grelots, j'ai mis enfin mes mains près du feu et fait bouillir l'eau pour
ma chicorée… J'appréciais de retrouver les sensations au bout de mes
doigts, pareil aux picotements qu'on ressent après quelques descentes de
trop en ski. Je me disais que ca me prendrait tout un glaçon pour me faire
ressortir à l'extérieur.
Devant le poêle, j'entendais Antoine rigoler depuis l'extérieur et me
lancer : « Mylène, t'as pas vu la terre? »
Antoine donc, maintenant Fanny, et ensuite Jean, tous dehord à s'exclamer
que le Groenland est grand, que le Groenland est là, que le Groenland est
beau et que je devrais sortir pour voir ça.
Trop occupée à ne chercher que des bourguignons de mes yeux fatigués, j'
avais concentré toute mon énergie aux deux prochains miles nautiques sans
voir plus loin!
Après avoir avalé mon déjeuner en vitesse, je suis ressortie passer la
journée sur le pont découvrir les majestueuses falaises pourpres et
tranchantes qui poignent à l'horizon. Plus tard, je découvrais des dizaines
de petits bourguignon, qui en somme, ont l'air bien moins offensif sur une
mer calme et sereine que dans mes projections mentales sur fond de nuit
froide et de mer creusée par le vent.
dimanche 12 août 2012
Calculs et temps perdu
taureau par les cornes et de tourner la clé dans le canon pour démarrer le
moteur. Durant ces périodes, je peux enfin tout remettre sur courant
électrique; Ipod, Iphone, téléphone satellite, appareils photo et
ordinateur. Résultat : je suis la seule ici à être heureuse d'entendre
repartir le son des explosions et les mouvements des pistons!
Malgré tout, après avoir écrit, envoyé et reçu mes courriels, lu, mangé,
regardé et relu mes trente messages textes préférés sur le petit écran de
mon téléphone satellite, je me demande bien souvent quoi faire d'autre.
C'est souvent ces moments que j'espère le plus : retrouver l'ennui. Parce
que je ne m'ennuie pas, moi. Non, je ne m'ennuie presque jamais. Et c'est
souvent quand l'ennuie frise à mes lèvres l'envie de se plaindre que je
découvre quelque chose de nouveau, de beau, de différent…
Aujourd'hui, j'observe les vagues. Ce matin et la nuit dernière, c'était
plutôt des murs d'eau, des mastodontes, des monuments que le bateau
embrassait lentement pour aller s'affaisser de l'autre coté, violemment.
Maintenant c'est une mer transformation. Comme le grand vent d'Ouest s'est
tu et qu'un vent du Nord est attendu d'ici quelques heures, la mer se
transforme sous nos yeux. J'essaie donc de comprendre de quelle formation
la houle nous vient et par quel autre système les nouvelles vagues sont
creusées puisqu'elles vont et viennent de toute part et de tous les cotés.
Entre temps, je joue à essayer de deviner dans quelle direction se trouve
l'Espagne, la Barbade, les Acores ou le détroit de Belle-Isle et je vérifie
sur le GPS si je ne me suis pas trompée d'un poil. Je compte et décompte
les 360 degrés qui entourent ma boussole, en soustrais 180 du total pour
deviner le cap que j'aurais à ramer pour atteindre ces destinations.
Je compte les miles nautiques. J'essaie de deviner l'heure de notre arrivée
mardi : matin… midi? Il ne reste que 130 miles nautiques avant la terre
ferme, l'équivalent d'un voyage à la voile Gaspé-Havre-Aubert aux Îles-de-
la-Madeleine. Et 220 miles nautiques avant Qaqortoq, notre premier arrêt.
Je compte la vitesse de coque que me donne le loch, j'y calcule les heures
à venir à moteur en prenant soin de ne pas compter à partir de l'heure de
notre rendez-vous avec le vent, je multiplie le temps fois la distance. Je
compte et lance des chiffres à la volée.
Je regarde les oiseaux voler, j'imagine qu'ils nous observent. J'essai de
les reconnaitre et les différencier, et encore de les compter… Ils sont
entre dix et quinze, ils bougent et se cachent derrière les vagues pendant
que moi je désespère d'en connaitre le produit final.
Le soleil arrive, j'appuie sur « send » et ne me reste plus qu'à aller me
vautrer dans le foc sur le pont avant pour terminer mes calculs et attendre
le vent. Je savoure chaque moment, je n'ai rien d'autre à faire que de
regarder l'océan et me soustraire à la longueur du temps.
jeudi 9 août 2012
Mon passage sur l'Atlantique vers le Groenland
un peu sur ma peau. Depuis que LA grande vague a rempli mon ciré, il y a
quelques jours, le confort est devenu bien relatif. Alors, quand l'océan me
lance un embrun au visage, je ris que le sel goute bon.
Durant la première semaine de transat, j'avais rarement été seule et heureuse
en même temps. La mer m'arrachait systématiquement tout ce que je tentais d'
avaler et provoquait en moi un malaise et une nausée persistante et aussi
grosse que la mer à l'extérieur. Ce mal de mer faisait de moi une larve
humaine. Malgré mon état lamentable, je persistais à faire mes quarts et à
aucun moment j'ai douté d'avoir affaire ici.
À l'ouest de l'Irlande, un système dépressionnaire résistait à notre
progression vers l'ouest. Comme s'il s'était stationné sur notre position, ce
système nous a offert plus de 72 heures de vents forts avec des rafales
avoisinant les 40 nœuds, en plu d'une navigation difficile au près serré, il
nous a transporté dans un moment qui semblait appartenir à l'éternel. Après
quatre jours de gite et d'embruns, à l'intérieur de Namasté, c'était assez
chaotique.
Régulièrement, lorsque le bateau quittait une crête pour atteindre un creux
plus bas, je me réveillais un moment en apesanteur et le moment suivant
pulvérisée avec un tel choc sur le matelas de ma bannette ou sur le bois l'
entourant.
Dans ces moments de haute voltige, il m'arrive de penser à mon ami Pierrot.
En apprenant que je ferais partie de l'équipage pour traverser l'Atlantique à
la voile de la France au Québec en passant par le Groenland, j'avais trop
souvent cassé les oreilles de mon colloc adoré en gambadant dans le loft et
en criant à tue tête « Groenland, Atlantique, je vais être en mer six
semaines… six semaines, six semaines, six semaines, Gro-en-land, Gro-en-land,
Gro-en-land!!! »
Ces trois derniers jours ont étés plutôt tranquilles. Le vent s'est calmé des
fois à presque néant nous obligeant à sortir la voile Volvo 4 temps entre nos
navigations sous spi ou entre nos allures de grand-largue. Depuis, des
rafales de vent ont dicté au spi de retrouver sa chaussette et nos fichiers
météo nous ont annoncé une autre basse pression. D'ici quelques heures, et
c'est déjà commencé, le vent se mettra à souffler depuis notre direction; le
Nord Ouest. Avec que 500 miles nautiques à parcourir avant d'atteindre le
Groenland, je crois que l'océan devait nous en faire voir un peu plus.
Une chose est certaine en tout cas pour mon quart la nuit prochaine; je vois
déjà quelques éclats de rire et des embruns.
jeudi 28 juin 2012
En route vers les Îles!
En apercevant l'étroite voie maritime au centre du Lac Saint-Pierre, j'y distinguais de petits bateaux de pêche et d'imposants cargos s'enfiler entre les bouées. En survolant le fleuve, j'ai repensé à tous les arrêts que j'ai faits le long du Saint-Laurent lors de ma traversée à la rame en solitaire; Sorel, Trois-Rivières, Batiscan, Portneuf et Québec. Lors de chaque escale, j'avais découvert la fraternité des gens du fleuve et l'immense fierté qu'avaient ses usagers à le côtoyer et le connaitre. En voyant l'ile d'Orléans, Montmagny, Saint-Jean-Port-Joli, Kamouraska et Rivière-du-Loup, je me suis souvenue très concrètement de la couleur de l'eau, de sa faible profondeur, de l'imposante marée, du mélange d'eau salée à l'eau douce et de la vie marine qui se faisait de plus en plus présente. Je me suis aussi remémoré les nombreuses visites de bélugas, de loups-marins, cétacés et marsouins.
Lors de ma visite à la Station exploratoire du Saint-Laurent de Rivière-du-Loup l'été dernier, j'avais été étonnée d'apprendre que le gouvernement avait encouragé activement la chasse aux bélugas durant les années 30. Par présomption de culpabilité, des milliers de bélugas ont disparu. Le cétacé était accusé d'engloutir d'importantes sommes de morues, il était donc tenu responsable de la chute des prises de pêche jusqu'au jour ou une étude à propos de ses habitudes alimentaires a pu faire le point et démontrer l'erreur monumentale. Aujourd'hui réduite à tout près de 1000 individus, plusieurs s'inquiètent du sort de notre baleine emblématique à cause des pressions constantes qu'elle subit; ingestion de contaminants toxiques et pollution par le bruit. Je m'étais souvent sentie privilégiée de les côtoyer par dizaines entre Kamouraska et Tadoussac.
Après Tadoussac et Trois-Pistoles et autour de Rimouski, Matane, Sainte-Anne-des-Monts et Rivière-au-Renard, j'avais continué d'apercevoir d'autres types de baleines tout au long de mon parcours.
À L'Anse-à-Beaufils, j'étais morte de peur de quitter le continent pour traverser le golfe vers les Îles-de-la-Madeleine, seule dans mon bateau à rames. Je n'étais pas angoissée à propos du défi et des difficultés potentielles auxquelles j'allais faire face... Comme une promise à la vielle d'un mariage arrangé, j'étais inquiète de savoir si j'allais aimer ces jours seule avec moi-même. Plus tard, j'étais ravie d'apprendre que si j'aimais être seule avec mon embarcation, j'aimais aussi l'aventure avec le golfe, la nature, les mammifères, les vagues et les conditions difficiles.
Pour la première fois cette année, je suis arrivée aux Îles-de-la-Madeleine par avion, un bolide solide qui a touché terre après quarante petites minutes de traversée. Si on veut comparer à mon défi de l'été dernier, il m'aura fallu près de neuf jours de rame en solitaire pour atteindre la même cible. Depuis le siège 3A, je repensais à ma rencontre avec les dauphins nageant dans un banc de planctons phosphorescents illuminant la coque de mon embarcation durant la nuit. Avant d'atterrir, j'ai pu distinguer la couleur des sables, l'eau turquoise, la morphologie des berges et ses caps érodés en arrivant près de l'archipel. À l'extérieur, une odeur salée m'accueillait et me rappelait l'importance de conserver nos milieux marins en santé.
Pour en savoir plus sur notre magnifique fleuve, demandez une conférence gratuite sur le Saint-Laurent ou téléchargez notre application Gestes Bleus pour iPhone.
mercredi 14 mars 2012
Persévérance
Perseverance
I got on my bike, on December 4th, left my doorstep, helmet in hand, smiling. Seconds later, after just four strides, I slipped and fell to the ground. At the very moment my forearm crashed into the ground, I felt the bone fragment under the impact of my fall. My arm, twisted, required treatment and all I could think of was how I was going to manage to the Atlantic in a rowing boat!
After a few days in hospital and a short stay in the operating room, I found myself with my arm trapped in a cast for 7 weeks. For two months I could not answer the fateful question of whether my arm would be ready in May to allow me to row with rigour for 100 days. When my arm was released from its barbaric prison, it felt weird, almost as if it no longer belonged to me, unresponsive to any commands. Since late January, I have been working to rehabilitate my withered arm to restore its shape, strength and function.
To complete the project safely, I must be able to perform at 110% and not depend on anyone physically. Today, I still need help just to open a jar of mustard! In an emergency during the row, procedures require that I be able to lift a load of 80 kg and now, even after the rehabilitation work, it's a completely unrealistic exercise. Based on current progress, I hope to return to moderate training in April or May.
So, I have chosen to postpone my expedition in May 2013.
Why twelve more months? Because my departure requires a small weather window of two weeks sometime between mid-May to mid-June to allow me to cross the ocean at the speed imposed by my boat. Even if my arm were to be ready in July, the ocean would not allow me to complete the crossing.
These extra twelve months will enable me to better prepare myself. Having benefitted from the summer of 2011 by challenging myself to take off with my boat, I will now use this summer to complete my training as a navigator. I will meet from the ocean and sail with a crew aboard a yacht. Six weeks on the rough, frigid waters of the North Atlantic will serve as an optimal preparation and even more appropriate. When I think of all the experience I gained last year by rowing from Montreal to the Magdalen Islands, I cannot imagine the experience that I'll get between France, the great north and Quebec for six weeks of sailing on the ocean that I have dreamed of crossing for so long. This new experience will strengthen my chances of success for my own crossing.
samedi 31 décembre 2011
Mes mercis à la Kim
*Merci à Papi d’être là tous les jours et de fêter nos anniversaires, toujours…
jeudi 8 septembre 2011
Encore en mer
Les conditions météo n'annonçaient rien de très réjouissant pour Peta et moi.
Une autre journée à passer dans ma cabine.
Y avoir pensé plus tôt, j'aurais "downloadé" l'application ANGRY BIRDS sur mon Iphone!
J'ai aussi appris à mes dépends, à ne jamais montrer son désespoir à quiconque par téléphone, comme la ligne satellite coupait, 20 minutes plus tard c'était la garde-côtière qui m’appelait par la radio VHF afin de vérifier si tout allait bien. Comme quoi, les nouvelles vont vite même du tout milieu du Golfe!
Ma dernière nuit à l'ancre aura été la plus mémorable; vers minuit, je me suis réveillée dans la fumée dans ma cabine. Une surchauffe dans mes électroniques en était responsable...sans crier "GARE" !!! mes fils "grillaient"!!! Et voilà un début d'incendie à bord...
J'ai réagi au meilleur de mon peu d'expérience en matière de "début d'incendie": j'ai coupé l'alimentation électrique, ouvert la portière (en cherchant en vain à respirer et à attraper ma lampe frontale)...puis, une vague est entrée et voilà ma belle cabine étanche souillée d'eau salée.
Morale de l'histoire: se faire une "fuse" avec du papier de plomb, c'est une mesure temporaire...pas temporaire comme dans "jusqu'à ce que je trouve les miennes" !!! mais temporaire comme jusqu'avant que le feu prenne"!
Après cette expérience, quoi de mieux que de passer 1 heure et demi à tenter de comprendre pourquoi un nouveau morceau de macramé orne la proue de ma Peta.. o_o ???
L'ancre flottante, sa ligne et sa corde de rappel s'en sont donnés à cœur joie lorsque le vent du nord à tourné.
Pour ma sécurité et celle de mon embarcation, j'ai dû couper quelque part pour sortir cet agglomérat de cordage d'en dessous du bateau et même ma dérive s'est était mêlée.
Donc, aujourd'hui, j'ai fait du macramé, quel beau passe temps!
En ce mercredi, excellente progression, et je compte arriver, possiblement jeudi soir...pour le moment, l'urgence est de sortir de la Bradelle...arghhhh !!!! (Le Bradelle est un haut-fond sur lequel on ne veut pas se retrouver puisque le clapotis y est terrible et les vagues; impressionnantes, le bateau devient alors difficile à manœuvrer et le sentiment de sécurité y devient rarissime)
Mon équipe de terre publiera l'info sur ma page dès que ça sera confirmé !
Merci d'être si nombreux à m'encourager !
Mylène en mer
lundi 5 septembre 2011
le vent, la houle et...le mal de coeur !
dimanche 4 septembre 2011
Unforgettable Scare
Unforgettable… I ended my last blog by writing: “This passage in the bay will be unforgettable.” Accompanied by the Canadian Coast Guard Auxiliary, Hermel and I had sailed off early that morning. Our goal was to put as many nautical miles behind us as possible using the oars, before the arrival of an east wind forecasted for later in the afternoon. At the time, a single thing was dashing my happiness: even with all the energy I was expending on the oars, my speed log* never went above two knots. Despite this fly in the ointment, I was truly enjoying the tales that Hermel was telling me… about the good old days. At that moment, I would have had a hard time to believe that my day could end up with an avoidable drama.
Around noon, the east wind came up right on schedule. In the Atlantic, I would have opted for a temporary solution to let that headwind pass, but coming out the bay and close to the shore, I gave up and asked Hermel to bring the engine to life. What a nuisance! Hermel was quite happy, I was just sorry that I couldn’t row.
The only positive aspect as far as I was concerned was that I would see once more one of Quebec's great sights: Cap Gaspé. The breathtaking and imposing cliff, battered by the St. Lawrence, marked for me the high point of my journey down the St. Lawrence and the beginning of a new adventure.
Sailing out of the bay that day, my boat, more seaworthy than Hermel imagined, would slice through the impressive waves, only to crash down roughly in the troughs two metres lower. Our plan was to leave behind the Gaspé Bay to seek refuge from the winds in the south portion of Malbaie, not quite three nautical miles from the Rocher Percé. This would provide us with a break while we waited for better weather to go around Rocher Percé, maybe even rowing around it and coming in Anse-à-Beaufils later in the evening. A few minutes before getting into shelter, the engine died suddenly. As Hermel was assessing the situation, I was mesmerized by the giant steep cliffs overshadowing the water in front of us. Thirty minutes later, the fifteen-knot wind had already shifted us a fair distance offshore. As I was in constant contact with Sylvie at the Coast Guard on account of my regular reports, I decided to make known our dire circumstances to her. She suggested that we put out a distress call to all boaters and ask them to come and help us.
Ten minutes later, a blue and black zodiac approached us with 5 or 6 customers aboard, and a single man standing. To my utter surprise, this man shouted out: “Rowing across the Atlantic, now what kind of foolishness is that? Will we be the ones who will again have to go and rescue you in the Atlantic?” After three or four more insults, I was immunised. My only wish was to get away from this despicable person in the shortest time possible. Had I known at the time that the Gérald Bourdages was sailing with the Canadian Coast Guard Auxiliary from Gaspé to help us out of our jam, I would have never ever agreed to put our safety in the hands of this man. I should have refused this tow right there and then and tried to contact once more the Coast Guard.
A few minutes later, after being towed over about thirty metres, a second boat arrived, the E-M (it will remain nameless), big and impressive. My towrope was passed from one boat to the other while I was still moving. They were courting disaster with these unsafe manoeuvres. I was worried, and so was Hermel. Once my boat was behind the E-M, I felt more stable but was still unable to contact this new “good Samaritan” to explain to him how my boat would behave when being towed. A few minutes later, my log was showing speeds of 7 knots… 7.5 knots… 8 knots… The nightmare was only just beginning. I then asked the people aboard this boat to pass on a message requesting a reduction of its speed. With worried faces, the tourists on the E-M would pass on my request to the captain, and I would then notice a reduction of my speed for a short while. The speed remained stable around Rocher Percé, which I was able to admire as it went by on starboard. Right after going by Rocher Percé, I saw my speed log go back up to 8, 9,... 10 knots. I could barely keep the rudder blade straight - I was burning my hands trying to hold the rudder's ropes. My shoulders, acting as levers, were resisting the pressure of the water on the rudder. As soon as I secured the ropes in the cleats, the boat was at risk of turning on its side… my arms were as sore as I ever felt them.
I could feel Peta pitching to port and to starboard. Suddenly, I saw water on starboard at the level of my shoulders, my eyes, the top of my head… I knew then that I was about to capsize. Using all my strength, I pulled the rudder to port. Peta pitched to port, thus avoiding tipping over on the starboard side. The same thing happened then on the port side. Just then, Hermel almost fell in the water. Right after that, he untied my lifeline from the boat and explained that at our current speed, if we fell in the water we would be automatically drawn under the boat and drowned. Hermel told me that the last speed he saw on my log was 10.5 knots! A speed for which my rowboat is definitely not designed for.
The towing boat thus almost drowned us, under the powerless gaze of the tourists and their cameras, as they could not guess at the danger we were in.
Our approach of Percé’s jetty didn’t mean the end of the nightmare yet, as the E-M was still towing us there at a much too fast speed to safely tie up to the wharf. At that instant, I shouted: “Untie us right away, it’s fine, I don’t need your help anymore, I can row from the Rocher Percé… no problems anymore!” Our speed then came down to four knots. I signalled to the captain that my engine was on the side that my boat was going to tie up to the wharf – I had to turn around. I wanted him to unfasten the towrope as quickly as possible to be able to turn my boat with my oars. Without warning, the captain made a U-turn. When the towing boat quickly turned, my boat was catapulted towards the jetty as it was still tied with the towrope. I immediately took an oar to try and soften the blow. I used all my strength and shouted as I pushed on the wharf beside my boat. My oar got jammed right away between the steel beam and the rubber bumper, but Peta's nose still hit the concrete wall between the steel beams. My oar was bending under the weight of my boat and was cracking every which way with a clear "carbon fibre-ish" sound. By thrusting my oar forward, I had at least absorbed some of the impact and may have even avoided having to end my dream on account of too extensive damages.
Quite shaken, Hermel and I were still not at the end of our troubles. I now had to tie up to a twelve-foot high wharf, with cross waves pushing us violently against it. People came out on the jetty to assist us in getting the situation safely under control.
A few minutes later, I saw a small brunette peering over the top of the jetty: “Mylène, what are you doing here? I wasn’t expecting you today!” Captain Beaudin is a very good friend of Mario at the Matane yachting club. Mario had informed his Percé friends of my coming to the area and had asked them to take care of me during my arrival at, and departure from Anse-à-Beaufils. In just a few minutes, everything was arranged. Émilien and Danielle went to Anse-à-Beaufils to fetch a boat to tow me, safely, to the shelter of the cove. A thousand thanks to this great family!
After putting in at Anse-à-Beaufils, the nightmare was finally over…
As I spoke with Québec’s MRSC the following day, I came to understand that my experience could stir up a lot of trouble and generate quite a response... I could choose to lodge a complaint with Transport Canada and file a formal statement. Then I would also have the option of going to small claims court for the damages caused to my boat. After a number of conversations with the Coast Guard, and a talk with the owners of the towing boat, my complaint was nowhere near being filed. The following Thursday, my various efforts had required more time and energy than the actual towing and I soon buried the hatchet and chose to share this unpleasant experience with you on this blog.
Do keep in mind that the behaviour of these two boaters is in no way typical of the kindness and courtesy demonstrated by the region’s people. Here, people are gracious, generous, and very respectful.
Because of Irene’s windy visit, I can’t leave Anse-à-Beaufils earlier. I therefore worked all week on the preparation of my itinerary in the Gulf and spent some time looking for a good weather window to allow me to have a fine adventure. This week, a few sailboats arrived from the Magdalen Islands and their owners told me that the “Madelinots” were expecting me on the other shore. Even here I’ve heard about the Magdalen and of her magic. I am looking forward to touching the Islands' sweet and soft sand, as then I’ll have the opportunity to meet my first “Madelinots”!
Till I drop anchor in the Islands, I'll be forwarding daily blog entries by satellite phone.
* A speed log is a very small device that looks like a mini turbine located under my boat. It computes the speed of my boat in the water (a speed which might be different from its speed over ground, which is provided by my GPS).
First day at sea blog No 1
To my great surprise, when the sun came up I couldn't see anything but water. This is awesome, I finally feel that I’m where I've wanted to be for so long: by myself, rowing and being one with the environment.
When someone told me last Monday: "You do know you'll need three days to find your sea legs?", I didn’t want to believe it. After only forty minutes, I was sick as a dog! Already! With barely two short miles under my belt… Now here’s a new challenge: to push on even though I really only want to go inside to sleep or lie down. Not very proud to utter the seemingly unavoidable sentence: “I’m seasick!”
With winds gusting up to twelve knots, it was hardly surprising that the sea was so rough all through the evening. Which leaves us, my Peta and I, somewhat wary! I was still able to slide down slopes four or five times by surfing on them, with ensuing unparalleled speed bursts. When I went to get some rest at the end of the day, I had to touch my cabin’s ceiling a few times as I incorrectly thought that Peta was going to overturn, and thus confirm the proper operation of its self-righting system.
I was able to get some rest in the evening before starting to row for the whole night. As I was coming out of my cabin, I saw a bright glow in the sky. It was so bright that I thought a plane was shining a light on me... Well no, simply stars in the thousands! So numerous, with the Milky Way as background. I admired them all through the night.
Near dawn, I was able to raise hull speed to three then four knots. My goal was to travel 20 nautical miles in 24 hours. Mission accomplished.
Last night, Papi Hermel phoned to ask me what was going on: “You don’t seem to be moving forward any more!” The communication was cut off… Papi, it’s simple, I sometimes need to sleep! ;)